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Utilité du FibroScan chez les consommateurs de drogues

20.04.2018

Interview de Juliette Fourcher, Département d'Hépatogastroentérologie, Hôpital Haut-Lévêque, Pessac.

Pouvez-vous nous présenter brièvement les objectifs principaux de l’étude ? Pourquoi avoir choisi ces objectifs ?

Cette étude s’est intéressée à la réalisation d’un FibroScan® dans une population d’usagers de drogue pour savoir si le FibroScan® pouvait aider au dépistage et à la prise en charge de l’hépatite C dans cette population.

Pourquoi ces objectifs ? L’hépatite C à une prévalence très importante chez les usagers de drogue. Ces usagers réalisent peu de dépistage et même quand ils se savent positifs ont du mal à intégrer une filière de soin.

Le but était de voir si la réalisation de ce FibroScan® permettait de changer les choses et de leur faire intégrer plus facilement le dépistage et une filière de soin.

Pouvez-vous nous présenter les critères d’inclusions et le type de population que vous avez ciblé ? Pourquoi ces critères?

Nous avons essayé de toucher la population la plus large possible qui fréquentait ce centre de soin aux toxicomanes à Bordeaux.

Donc le FibroScan® était proposé à tous les usagers qui se présentaient dans ce centre. Ils pouvaient être encore en toxicomanie active, ils pouvaient avoir un traitement ou pas de substitution et ils pouvaient se savoir porteur d’une hépatite virale.

On leur proposait de réaliser un FibroScan® puis, après ce FibroScan®, on proposait de réaliser un bilan sanguin de dépistage des hépatites virales. Si le bilan montrait une hépatite C positive, on leur proposait ensuite de rencontrer un hépatologue au sein même du centre.

Pouvez-vous nous exposer de manière synthétique les résultats ?

L’étude a été réalisée entre janvier 2006 et janvier 2007. A peu près 300 usagers ont été inclus dans cette étude. Ils ont tous accepté de réaliser un FibroScan®.  Après le FibroScan®, il leur a été proposé de faire un bilan sanguin. 97% d’entre eux ont accepté le principe de ce bilan.

Nous sommes dans une population d’usagers de drogue et simplement trois quart d’entre eux ont réellement réalisé ce bilan.

Les résultats au niveau de la fibrose montraient une fibrose minime chez à peu près 80% des usagers mais dans 8% des cas, il a été mis en évidence un FibroScan® supérieur à 9.5Kpa c'est-à-dire une fibrose sévère voire une cirrhose.

Pour les résultats de l’hépatite C : 83 sérologies sont revenues positives, la majorité chez des usagers qui se savaient porteurs du virus,  17 sérologies ont été découvertes chez des usagers, 11 d’entre eux pensaient être négatifs vis-à-vis du virus de l’hépatite C.

Au final la première année, 8 traitements ont été débutés.

Quels points clés de l’étude sont à retenir ? En conclusion, quelles avancées pour la pratique clinique et les patients votre étude apporte-t-elle ?

Le premier point clé est la très bonne acceptation du FibroScan® dans une population d’usagers de drogues qui n’est pas forcément facile à prendre en charge.

Le deuxième point intéressant est que 75% de ces usagers qui ont réalisé un FibroScan® ont ensuite réalisé un dépistage sanguin de l’hépatite C. Les résultats de cette étude étaient particulièrement encourageants et nous avons donc réalisé une étude plus importante multicentrique qui est en cours dans 12 centres en France pour essayer de démontrer que la présence d’un FibroScan® au sein d’un centre de soin pour les usagers peut améliorer le dépistage et la prise en charge des hépatites virales chez les usagers de drogues.